En l’espace de cinq mois, il est passé de sélectionneur génial d’une équipe d’Espagne promise à la gloire à entraîneur honni, prié de prendre la porte du Real après en avoir pris cinq lors d’un Clasico. Remercié lundi par la direction madrilène, Julen Lopetegui laisse vacant l’un des fauteuils d’entraîneurs les plus prestigieux – et donc les plus convoités – de la planète football. Et les candidats à la succession ne manqueront pas. 

Swipe right ?

Il y a des promotions qui arrivent un peu brusquement, sans qu’on s’y attende vraiment et sans qu’on s’y soit vraiment préparé. Entraîneur de la Castilla (l’équipe réserve du Real Madrid), Santiago Solari a enfilé pour la première fois mardi le costume de patron du Real Madrid. Propulsé à la tête d’un vestiaire de superstars en plein doute, cet ancien milieu de terrain réputé de la casa blanca, dont il a défendu les couleurs entre 2000 et 2005 (208 matchs), sait pourtant qu’il risque de ne pas y rester longtemps. Remplaçant désigné de Julen Lopetegui, remercié après la déroute des Merengues lors du Clasico (défaite 5-1 face au FC Barcelone, le 28 octobre au Camp Nou), Santiago Solari ne peut assurer, selon le règlement de la fédération espagnole, qu’un intérim de deux semaines. Le temps que le président madrilène Florentino Pérez trouve un occupant plus adapté à ce poste de prestige. Ou se résigne à donner sa confiance à son inexpérimenté vacataire.

Un géant à la dérive

Plus qu’un caprice d’enfant gâté, ce changement d’entraîneur arrive au moment le plus critique d’une rare crise pour le club madrilène. Triple champions d’Europe en titre sous le commandement de Zinédine Zidane, les Galacticos ont dû faire face cet été aux départs de leur entraîneur de son premier lieutenant, le Portugais Cristiano Ronaldo, parti constater de ses propres yeux à quel point l’herbe est verte à Turin. Un virage serré que même cette implacable machine à soulever des trophées a eu du mal à négocier : incapables de mettre un pied devant l’autre depuis le début de la saison, les madrilènes pointent à une triste 9e place en Liga, leur pire classement à ce stade de la saison depuis 2001-02 (10e après dix journées, le Real avait fini la saison à la 3e place). Malgré un début de saison correct, les statistiques affichées depuis un mois filent le vertige. 5 défaites en 7 matchs, une seule victoire difficilement acquise face au Viktoria Plzeň en Ligue des Champions, seulement quatre buts marqués et un record battu : celui de la plus grosse disette de l’histoire du club face au but (481 minutes sans marquer entre le 22 septembre et le 20 octobre).

Le pari Lopetegui spectaculairement perdu, le Real doit désormais trouver un successeur non seulement digne de la fonction, mais capable de redresser le fameux trois-mâts avant qu’il ne se transforme en épave. La courte liste des prétendants correspond autant au prestige exclusif du poste qu’au manque de grands noms disponibles sur le marché des entraîneurs. Immédiatement évoqué, le cas d’Antonio Conte, remercié par Chelsea cet été, ne serait pas si simple que ça à gérer. En cause, les garanties demandées selon la presse espagnole par l’Italien au président Pérez, notamment en matière de recrutement. Mais aussi sa réputation d’autoritaire, qui refroidirait certains cadres du vestiaire.

Peu d’appelés, un élu

Des tergiversations qui font émerger d’autres pistes, certaines plus accessibles que d’autres. Dans le camp des « libres », outre Conte, le Français Arsène Wenger, sans club depuis son départ d’Arsenal, est évoqué. Entraîneur légendaire des Gunners, l’Alsacien a un profil de manager très complet qui pourrait séduire. Et si son âge (69 ans) pourrait freiner la construction d’un projet de très long terme, il pourrait au moins remettre le Real sur pieds. Tout récemment renvoyé de l’AS Monaco, le Portugais Leonardo Jardim, très côté depuis son passage en Principauté, est un autre possibilité. Chez les « maqués », Roberto Martínez, le sélectionneur espagnol de la Belgique, Mauricio Pochettino, qui officie actuellement à Tottenham, ou encore José Mourinho, en grandes difficultés à Manchester United et ancien de la maison (il a entraîné le Real entre 2010 et 2013) feraient envie à Florentino Pérez. Mais il faudra les débaucher, ce qui n’est jamais simple — et souvent très coûteux.

Sinon, il y a bien la solution interne. Lorsque Zinédine Zidane prend les rênes du Real Madrid en janvier 2016, il sort de deux ans à la tête de la Castilla et connaît sa toute première expérience d’entraîneur en professionnel. C’est le cas de Santiago Solari, qui avait relevé Zinédine Zidane à la tête des jeunes madrilènes quelques mois après son départ, mais aussi celui de Guti, ancienne légende du club qui a entraîné pendant cinq saisons les Juvenil A (les moins de 19 ans) du Real avant de se poser sur le banc de Besiktas cet été, en tant qu’assistant de Şenol Güneş. Avec Zizou, la recette avait bien fonctionné : mettre à la tête de l’équipe un ancien respecté, qui fasse primer le jeu sur l’autorité. « Le respect s’acquiert, il ne s’impose pas, clamait le capitaine madrilène Sergio Ramos dimanche, après le match contre Barcelone, mettant un sérieux taquet à la piste Conte. La gestion du vestiaire est souvent plus importante que les connaissances techniques.  » Entre ce vestiaire de champions et leur besoin d’être caressés dans le sens du poil, l’équilibre sera délicat. Et il appartient, pour l’instant, à Santiago Solari de le trouver. Premier test ce soir, face à Melilla (D3 Espagnole), en seizièmes de finale aller de la Coupe du Roi.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here