Après trois saisons passées à l’Atletico de Madrid, Yannick Carrasco quitte l’Espagne par la petite porte. Le club a annoncé hier le départ pour la Chine de son ailier de 24 ans par communiqué de presse. Une décision surprenante, à quatre mois de la Coupe du Monde en Russie.

Mais qu’est-il passé par la tête de Yannick Carrasco ? Alors que le mercato d’hiver ferme ses portes ce mercredi à minuit en Chine, l’international belge de 24 ans a finalement confirmé sa décision (ou celle de son club ?) de rallier l’empire du milieu. Dans l’air du temps depuis quelques mois, son départ pour le Dalian Yifang (anciennement Dalian Aerbin, ndlr) a été officialisé lundi par son club, contre 30 millions d’euros selon les médias espagnols.

Une pierre deux coups pour les dirigeants madrilènes, qui se débarrassent en même temps de Nicolás Gaitán, milieu de terrain (ou plutôt chef du banc) madrilène. L’Argentin s’envole lui aussi pour la Chine, dans le même club que son coéquipier. Arrivé il y a 2 ans du Benfica Lisbonne pour 25 millions d’euros, l’Argentin repart pour 18 millions, pas mal pour un joueur dont les crampons sont certainement encore neufs. Onze titularisations lors de sa première saison (3 buts), une seule pour sa seconde (0 but), un bilan plus que mitigé qui justifie son transfert. Un départ qui surprend donc moins que celui de Carrasco, bien implanté dans la capitale espagnole depuis trois ans.

Arrivé à Monaco en 2012 (2010 dans l’équipe junior) où il explose aux yeux de la planète football, le joueur rejoint Madrid en 2015 pour 20 millions d’euros. Tout de suite adopté par les Colchoneros et apprécié du public, il crée progressivement une complicité avec Antoine Griezmann, avant d’être relégué au second plan par Diego Simeone.

Une saison compliquée

Sa première saison commence doucement. L’ailier belge est un joueur de rotation, rarement titulaire, avec 29 apparitions et 3 réalisations à son actif. C’est lors de la saison 2016/2017 qu’il s’installe dans le onze madrilène : 35 matchs joués et un total de 10 buts (son record), avant de tomber à 17 lors de la saison 2017/2018 et seulement 3 buts. Relégué au rang de remplaçant, il n’est apparu dans le onze de départ que 8 fois cette saison, contre 27 la saison dernière.

Une descente aux enfers qui s’explique moins par ses performances, somme toute assez régulières, que, selon les informations du quotidien As, par sa relation conflictuelle depuis quelques mois avec le flamboyant Diego Simeone et le reste de l’équipe. Un point de crispation notamment : la position du joueur. Tandis que l’entraîneur madrilène le préfère à droite, pour servir le collectif, Carrasco clame sa volonté de jouer à gauche, cristallisant l’image d’un enfant capricieux et individualiste. « Cela dépendra des besoins de l’équipe,  » avait tranché Simeone à son sujet en janvier 2017.

Fin décembre, le coach a donné son accord pour un départ de son ailier gauche, manifestement peu affecté par la perte du joueur. « C’est une décision du joueur, a affirmé l’entraîneur argentin jeudi dernier en conférence de presse. Si le transfert est confirmé, c’est un départ important car il a un grand avenir et est un joueur important pour notre équipe. » Du baratin médiatique habituel, sans affect.

Attitude nonchalante, individualisme forcené, tels sont les griefs reprochés au joueur de 24 ans. Un comportement qu’il est pourtant loin d’être le seul à adopter dans les grands clubs européens, mais qui tranche dans un effectif madrilène volontaire (à l’image des Griezmann, Koke ou encore Gabi, le capitaine, avec qui il aurait eu une altercation après le nul face à Leganes fin septembre). En le vendant, le club réalise finalement une bonne opération financière en échangeant deux remplaçants contre près de 50 millions d’euros. Une aubaine, aussi, pour l’AS Monaco, qui voit tomber du ciel les 25 % négociés sur une future revente lors du transfert du joueur à Madrid en 2015. Le club du rocher empochera ainsi 7,5 millions d’euros.

L’Eldorado chinois

« Le projet de développement sportif du groupe m’a convaincu et a motivé ma décision. Le championnat chinois est en plein essor, les conditions de travail sont formidables ; de nouvelles infrastructures modernes sont à la disposition des joueurs ainsi que des supporters et le niveau de jeu s’améliore de saison en saison. » C’est avec ces mots que Yannick Carrasco a justifié son départ pour la Chine, ce mardi, dans un communiqué de presse. Une explication qui convainc moyennement, surtout parmi les supporters du club. « C’est un opportuniste, un vendu. Il va en Chine seulement pour le fric alors que cette ligue est nulle ! Il a bousillé sa carrière, » s’échauffe Claudia, aficionada de l’Atletico depuis son plus jeune âge. Une version étayée par la presse espagnole, qui avance un salaire annuel de 10 millions d’euros dans sa nouvelle formation.

Surprenant, surtout, de la part d’un joueur de 24 ans évoluant dans l’un des plus grands clubs du monde. Pour rappel, le Bayern Munich était prêt à débourser 50 millions d’euros l’été dernier pour s’attacher ses services, tandis que des clubs anglais (dont Chelsea) se positionnaient également.

« Au même titre que Hulk, Lavezzi, Capello et, bien sûr, mon ami Witsel, je vais contribuer au développement du football dans un pays passionné par ce sport, » a ajouté le joueur, mettant le doigt sur un point important. Certes, le championnat de foot chinois est en expansion et ne cesse d’attirer des joueurs prestigieux. Vendredi dernier, l’international portugais Jose Fonte (34 ans) rejoignait, lui aussi, le Dalian Yifang. Mais pour la plupart, ce sont des joueurs en fin de contrat ou de carrière, à l’image de Fernando Torres (33 ans), qui serait également dans le viseur du club selon El Mundo.

Le président du groupe Wanda Wang Jianlin (au centre), aux côtés du président de l’Atlético Madrid Enrique Cerezo (à droite) et du directeur général Miguel Angel Gil (à gauche) lors d’une cérémonie à Pékin le 21 janvier 2015. Photo REUTERS/Jason Lee

Faire de la Chine une nation de football ? Un projet largement porté par le gouvernement chinois qui, en plus d’avoir instauré une taxe de 100 % sur les transferts extérieurs dépassant les 6 millions d’euros, a fortement incité les entreprises chinoises à investir dans le football local. Une marche suivie par le Wanda Group, un conglomérat d’entreprises chinoises, qui a quitté l’actionnariat de l’Atlético Madrid dans lequel il était entré à hauteur de 20 % en 2015 (d’où le nom du nouveau stade madrilène, le Wanda Metropolitano, oui) pour investir dans le club de Dalian.

Le tout jeune club, fondé en 2009, a ainsi décidé de se renforcer avant de faire ses premiers pas en Chinese Super League (la première division chinoise, ndlr) dès le 2 mars prochain. Entraîné par l’Espagnol Juan Ramón López Caro, qui a entraîné le Real Madrid entre 2006 et 2007, le Dalian Yifang a bien l’intention de mettre ses nouvelles recrues en avant. Pour se permettre ce transfert ambitieux, le club a en effet remercié deux de ses extracommunautaires la semaine dernière (le Zimbabwéen Nyasha Mushekwi et le Franco-ivoirien Yannick Boli), les formations chinoises ne pouvant, depuis peu, disposer que de trois joueurs étrangers dans leur effectif. 

Espagne-Chine-Russie

Toujours est-il que le calcul est risqué pour Yannick Carrasco, à quatre mois de la Coupe du Monde en Russie.  « Mon éloignement du continent européen ne signifie pas que mon ambition de participer à la Coupe du Monde est moindre, a affirmé l’international belge dans son communiqué. Je fournirai les efforts nécessaires afin de démontrer au sélectionneur de l’équipe nationale belge que je suis prêt à prendre part à la Coupe du Monde en Russie cet été au sein de l’équipe des Diables Rouges ». Carrasco, qui a joué tous les matchs des Diables Rouges depuis l’Euro 2016, semble encore avoir une place de choix au sein du collectif belge. Le joueur peut aussi s’appuyer sur l’expérience de Witsel, parti au Tianjin Quanjian début 2017 et toujours sélectionné par Roberto Martínez. Rassurant, mais loin d’être une garantie pour son propre destin.

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