Le latéral gauche de l’équipe de France a été l’auteur d’un excellent match lors de France-Allemagne, mardi soir au stade de France. Complet en défense, flamboyant en phases offensives, focus sur un joueur révélé au public français par la Coupe du Monde.

On ne parle que de Kylian Mbappé, ou presque. Mais au sein de l’équipe de France, ils sont plusieurs jeunes, internationaux depuis peu, à tenter de se faire une place dans la lumière. Parmi eux, Lucas Hernández, 22 ans. Appelé pour la première fois en équipe de France il y a à peine sept mois, le jeune défenseur de l’Atlético Madrid enchaîne les bonnes performances sur le terrain avec les Bleus, à l’image de son match face à l’Allemagne, mardi, remporté par les champions du monde 2 buts à 1.

2 ballons récupérés, 81 % de passes réussies – dont une décisive pour son coéquipier madrilène Antoine Griezmann sur un centre parfait à la 62e minute – une percée impressionnante à travers les lignes allemande à la 45e ou encore une intervention décisive sur un corner dangereux à la 93e, Lucas Hernandez a porté une équipe de France parfois fébrile jusqu’à la victoire. Et le Colchonero a été salué, à raison, dans la presse du jour : une note de 7 pour Eurosport, 7 également pour L’Équipe… C’est une critique unanime qui a accueilli sa prestation, parmi les meilleures du soir.

A la conquête de la France

Pourtant inconnu au bataillon (français) il y a encore quelques mois, le défenseur impressionne par sa constance et conforte sa place de titulaire aux yeux du sélectionneur et du public. Car malgré un parcours jalonné de réussites, Lucas Hernández n’avait pas encore récolté les fruits de son travail en Bleu. Une situation incompréhensible en Espagne, où le joueur est reconnu depuis plusieurs années déjà. « On ne le connaît pas trop en France. Mais en Espagne, il est connu. Je l’appelle ‘mon soldat’. Il ne se blesse jamais, ça fait partie des joueurs importants, » expliquait Antoine Griezmann, en conférence de presse, le 12 juin dernier. Supportrice du club depuis son adolescence, Sofia, madrilène de 23 ans, abonde. « C’est un joueur très célèbre et apprécié en Espagne. Ça ne m’étonne pas qu’il n’ait pas percé aussi vite en France, car il a grandi en Espagne sur le plan personnel et professionnel. » Vainqueur de la ligue Europa avec les Colchoneros le 18 mai dernier, désormais champion du monde avec le maillot national, c’est véritablement comme une révélation qu’apparaît désormais le jeune latéral, auréolé de ses succès.

Sa carrière junior, Lucas Hernández la commence en 2005. Arrivé à l’âge de 9 ans au club de Rayo Majadahonda, un club de la communauté de Madrid, il rejoint rapidement l’Atlético, en 2007. Il y reste jusqu’en 2014, avant de rejoindre l’effectif professionnel du club cette même année. D’abord remplaçant, il foule occasionnellement la pelouse du Vicente-Calderón lors de sa première saison, avec un seul match en Liga, avant de prendre du galon en en 2015/2016 (10 matchs en Liga). Installé dans l’effectif lors de la saison suivante, il joue 15 matchs dans le championnat espagnol avant de s’affirmer comme un joueur majeur de l’effectif en 2017/2018, saison pendant laquelle il explose aux yeux du public madrilène avec 27 matchs disputés. Et sa place, Lucas n’a pas l’intention de la lâcher. « Le plus compliqué, ce n’est pas d’arriver en haut mais de se maintenir  », déclarait-il en conférence de presse avant le match contre l’Allemagne. Depuis son retour de Russie, le joueur a disputé 4 des 8 premières journées de Liga (une fois blessé, une fois suspendu et deux fois sur le banc).

Quant à son poste de latéral gauche en équipe nationale, Lucas Hernández en est titulaire depuis la Coupe du monde et y a joué tous les matchs depuis la rentrée, à l’exception de celui contre l’Islande (2-2). C’est béni par les dieux du foot que le jeune défenseur a écumé les terrains du pays des tsars, lui qui était initialement appelé comme doublure de Benjamin Mendy. Une place désormais difficilement discutable aux vues de ses prestations en Russie. Et de l’engouement nouveau suscité chez les supporters français.

Un joueur qui « réveille »

Il faut dire que le jeune latéral impressionne, tant par ses qualités défensives et que par ses fulgurances offensives. Joueur physique, le gaillard d’1m84 n’a aucun mal à accélérer dans son couloir avant d’opérer un repli défensif immédiat. Et ce malgré la fatigue, comme il l’a prouvé lors de son excellent match face à l’Uruguay, en quart de finale de la Coupe du monde. Alors que l’on joue la 84e minute d’une rencontre éprouvante, le défenseur coupe la route à un Jonathan Urretaviscaya lancé, évitant à son équipe une situation dangereuse dans la surface. « Je suis un mec très agressif sur le terrain (…) Quand je rentre, je me transforme. Je change de personnalité, déclare-t-il au journal l’Equipe en juin dernier.  J’ai le goût de souffrir, de savoir défendre. Je suis un arrière gauche qui est présent. Dans les duels, je suis toujours là. Plus c’est difficile, plus j’aime ». Il n’y a qu’à regarder ses tacles, souvent impeccables, pour s’en rendre compte. Malgré une fâcheuse tendance à se « tordre de douleur » sur un gazon presque aussi douillet que lui. « Il y a des joueurs, qui par leur action, leur agressivité positive, poussent les autres dans le bon sens », disait de lui son entraîneur, Didier Deschamps, après le match contre l’Allemagne, le qualifiant de joueur qui « réveille ».

Lucas assume également sa polyvalence. D’abord préféré dans l’axe par Diego Simeone chez les Rouge et Blanc, il y évolue de plus en plus dans le couloir gauche, au gré de ses performances en équipe de France et des blessures récentes de Filipe Luis, habituel titulaire du poste. Depuis le début de sa carrière à l’Atlético, toutes compétitions confondues, Lucas a joué 68 matchs comme défenseur central et 54 matchs comme latéral gauche. Une tendance qui s’est inversée lors de la saison 2017/2018, lors de laquelle il a occupé 28 fois le couloir contre 15 fois l’axe. Lors d’un entretien à Téléfoot, le 7 octobre dernier, le Colchonero avait envoyé un signal à Cholo Simeone : « Filipe, c’est un très bon joueur, l’un des meilleurs joueurs du monde. Quand le coach met Filipe, ça me met un peu les nerfs, mais je fais le maximum pour lui montrer qu’il peut compter sur moi quand il m’aligne. » Une situation qui devrait rapidement se débloquer, selon Sofia, qui voit dans Lucas Hernández le futur titulaire du poste : « Même s’il était au départ une solution de repli à gauche pour Simeone, personne n’aurait pensé qu’il s’adapterait si bien à ce poste. Maintenant que Filipe Luis se fait vieux (33 ans ndlr), l’équipe doit se rénover avec de grands joueurs prometteurs pour l’avenir, comme Lucas. »

L’amour du maillot ?

Un joueur d’avenir pour l’Atletico de Madrid, Lucas affirme l’être. « L’Atlético c’est ma ville, mon club, le club qui m’a tout donné », affirmait-il à RMC Sports début octobre. Son contrat, qu’il a prolongé cet été, court jusqu’en 2024. Avec un père et un frère anciens joueurs du club, c’est un lien spécial qui l’unit aux Colchoneros et à leur coach, qui s’est battu pour le conserver au sein de l’effectif.

Pourtant, bien que courtisé par la flamboyante équipe d’Espagne, Lucas Hernández a choisi de jouer pour son pays de naissance, la France. Champion du monde avec les Tricolores, il a décidé, comme un symbole, d’adopter en club le même flocage qu’en équipe nationale (« L. Hernandez 21 », contre « Lucas 19 » auparavant). Qui sait s’il ne fera pas d’autres infidélités, au sein même de son pays d’adoption cette fois ? Sa clause libératoire s’élèverait désormais à 100 millions d’euros, selon les informations de Marca. Le FC Barcelone et le Real Madrid se sont déjà positionnés. « Je suis quelqu’un d’honnête. Partir au Real, je ne pourrais pas le faire », a-t-il assuré au micro de RMC, s’empressant d’ajouter « J’espère rester longtemps ici mais bon, vous savez, le foot va très vite. Si une offre qui ne se refuse pas arrive… » Dans le football comme dans la vie, la parole n’est pas le meilleur don des joueurs, et surtout pas celui de Lucas Hernández.

Sous le drapeau français, en revanche, c’est une longue histoire d’amour qui se profile. Il suffisait de lever la tête, mardi soir, pour voir les projecteurs du stade de France braqués sur le nouveau prophète des bleus.

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