Les abonnés de Canal + le savent, Grégoire Margotton est au commentaire footballistique ce qu’un grand chef est à la cuisine, capable de mettre de sa personne et de ses qualités propres dans son ouvrage pour sublimer son produit à le rendre exceptionnel. Le piquant dans l’assiette. Unanime détenteur du grand match du dimanche soir aux côtés de Christophe Dugarry, il est considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs dans son domaine, si bien qu’il remporte en 2013 le prix de la Lucarne d’or du meilleur commentateur de football décerné par le site En pleine lucarne pour la deuxième fois d’affilée, sur vote des internautes. Et à s’entretenir avec le bonhomme, on comprend mieux pourquoi il fait tant consensus. Tombé dans un métier auquel il n’était pas forcément destiné, il est avant tout un amoureux du ballon rond, un professionnel humble et perfectionniste, un homme soucieux du détail et de l’apparence, un passionné au service de millions d’autres. Caché derrière sa modestie, il cultive son art pour nous offrir un peu plus de grands moments de football chaque année. Entretien avec un personnage comme on en croise rarement dans le football moderne. 

.   .   .

Comment en êtes vous arrivé à faire le métier de commentateur ? Est-ce quelque chose que vous aviez prévu ?

Prévu d’être journaliste, oui. Je suis d’une famille d’intellos. Le foot je le regardais effectivement avec mon père et surtout mon frère. Pour tout vous dire, commentateur de foot ou journaliste sportif, c’était pas non plus le rêve de mes parents (rires). Je pense qu’ils me voyaient plus faire de la politique, de l’info générale plutôt que du sport à la télévision. Je n’en ai jamais conçu une vraie fierté, je n’en ai plus honte mais je ne tire aucun prestige particulier du parcours que j’ai pu avoir.

Pour ce qui est de mon parcours j’ai vraiment eu ce déclic vers l’âge de 15-16 ans lorsque j’ai rencontré un monsieur que je respecte beaucoup, qui était à Europe 1, qui aujourd’hui travaille à BFMTV qui s’appelle Jean-Bernard Cadier. Je l’ai rencontré à 15 ans et il m’a vraiment donné envie de faire son métier. Tout m’intéressait. Comme je l’ai dit, je voulais plutôt faire dans la politique mais j’ai loupé Sciences Po Lyon et je me suis retrouvé à m’embêter dans des études de langue (allemand-anglais). J’ai été sauvé par Erasmus, en fait. J’ai passé une année de licence en Angleterre, à Liverpool, et en rentrant de Liverpool j’ai été reçu au CFJ (Centre de Formation des Journalistes). De là, tout s’enchaîne parce qu’à la sortie du CFJ, Charles Biétry (directeur des sports de Canal + de 1984 à 1998, ndlr) avait demandé à l’école deux stagiaires pour la rédaction des sports de Canal pendant les JO de Barcelone de 1992. Toute la rédaction allait partir et il fallait deux gamins pour … pour assurer le tout-venant quoi ! S’il se passait quelque chose en sport à Paris, si Michel Platini devait mourir (rires) … il fallait des stagiaires capables de faire un sujet rapide et efficace sur tout ce qui sortait des JO. On n’était que cinq candidats à l’école pour le poste et j’ai été pris avec Vincent Radureau* , qui est d’ailleurs toujours à Canal avec moi vingt-deux ans après. Ce premier stage s’est transformé en deuxième CDD, puis en troisième, et j’ai été finalement engagé à Canal de manière définitive le 1er janvier 1993.

* Vincent Radureau est l’un des « monsieur omnisports » sur la chaîne cryptée, capable de présenter des émissions de hand ou de basket comme de signer « Le Foot pour les Nuls », ndlr

Quelle mémoire !

(rires) Pour ce genre d’événements précis j’ai beaucoup de mémoire mais pour le reste, rien du tout ! Ne me demandez pas qui a marqué le but de Manchester United y’a deux semaines, j’en ai aucune idée ! (rires) Mais sinon j’ai eu beaucoup de chance. Quand on est tombé comme moi sur la bonne place très vite c’est dur de la quitter, et on n’a même pas envie de la quitter finalement.

Comment ça se prépare, un match à commenter ?

Au départ la religion mise en place par Charles Biétry c’était les fiches jaunes, cartonnées, très grandes, qu’on pouvait ouvrir avec une équipe sur la page de gauche, l’autre sur la page de droite. On a fait ça pendant des années et par la suite, vu que j’ai autant d’organisation que de mémoire et que je perdais les fiches je me suis mis au cahier. J’ai un cahier pour la saison sur lequel je prépare mes matches. Personnellement j’écris tout. J’ai plein de collègues plus jeunes qui font ça à l’ordinateur, qui rajoutent petit à petit et qui impriment une nouvelle fiche chaque week-end. Ce n’est pas une question de génération mais pour mémoriser j’ai besoin d’écrire le nom des joueurs, leurs prénoms, tout pour me mettre dans le match. Ça, ça dure entre trois et quatre heures et puis il y a une autre préparation sur le long terme, un peu plus compliquée qui veut qu’on aille aux entraînements, vers les joueurs, vers les clubs, sur le terrain pour en avoir un peu plus en amont. Et puis bon la préparation c’est aussi la consultation d’internet, des réseaux sociaux, les sites des clubs officiels, non officiels, et faire le tri !

On imagine qu’un match de football exige une connaissance aiguë du football en terme de joueurs, de profils, etc., mais est-ce qu’un bon commentateur doit forcément être capable d’analyse tactique précise ?

Un bon commentateur doit avoir une sensibilité de jeu, oui. Et même au delà de ça une sensibilité de sport, pas seulement du football. Une sensibilité de l’effort, de ce que ça représente, pour être vraiment objectif dans ses commentaires. Et la connaissance doit permettre aussi d’avoir une bonne écoute de son consultant, de savoir où aller le chercher pour qu’il soit le meilleur. On ne va pas forcément donner un avis tactique ou technique parce qu’on fait tous des erreurs, mais on doit avoir quand même une culture et une habitude des matches de foot qui permettent de dire le moins de bêtises possibles. Le but est de ne pas polluer le match pour le téléspectateur. Bien sûr qu’au bout de vingt ans je me permets de dire des choses sur le jeu, mais ce n’est pas ma priorité. Ma priorité, c’est d’essayer de faire vivre le match, et le faire vivre c’est pas forcément technique ou tactique mais c’est aussi savoir donner la température, la couleur d’un moment, d’un événement … c’est ça mon métier. J’entends tellement de journalistes, et j’en fait peut-être partie aussi d’ailleurs, qui se permettent de donner des avis sur des choix tactiques, sur des gestes techniques, sans savoir vraiment ce qui se passe, ça m’énerve vraiment. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien dire, mais je ne suis pas là pour donner ma science du foot, je ne suis pas un scientifique du foot. Je suis là pour être le plus grand dénominateur commun dans un commentaire. Je suis le chef de gare qui doit accueillir les trains dans les meilleurs conditions, et ça veut dire s’adapter à ses consultants, Laurent Paganelli en ce qui me concerne qui n’est pas un ancien joueur comme les autres et qui donne son avis sur le jeu, sur la tactique, sur le déroulement du match. Donc je ne vais pas me rajouter en plus. Mon avis je le donnerai peut-être sur un penalty ou sur un fait de jeu bien précis mais je ne vais pas le donner par exemple sur le comportement de Jérémy Ménez, ce n’est pas mon travail et quand on l’a dit une fois, ça suffit.

Après je suis souvent considéré comme un commentateur un peu tiède, qui ne prend pas parti … mais ça ne me dérange pas. Je ne suis pas dans le commentaire à l’emporte-pièce, à l’émotion du moment M sur un joueur ou sur un geste. Si c’est positif et éminemment positif je vais le dire, mais si c’est négatif … je pense que l’image est supérieure à tout. Surtout en télévision, c’est la base. Je n’ai pas besoin d’en rajouter, de prendre les spectateurs pour des cons en leur disant « Oh, vous avez vu, c’est un très mauvais joueur ! », tout le monde l’a vu.

En vingt-deux ans de carrière, vous avez a peu près tout connu en matière de football. Quels événements, quels lieux vous ont particulièrement marqués ?

Bah je retiens déjà la chance d’avoir pu voir du foot dans tous les pays du monde et d’avoir commenté des matches exceptionnels. Bien sûr que je pourrais vous sortir des matches en particulier, avec même des moments qui ne sont pas forcément liés au foot, ce qui est étonnant, mais je retiens avant tout un ensemble. Je retiens que c’est grâce à Canal si à 22 ans je me retrouvais lâché seul à San Siro un samedi après-midi pour commenter un Inter Milan-Sampdoria alors que je n’avais jamais commenté de ma vie. C’était le 8 novembre 1992 ! La veille de mes 23 ans. C’est Charles Biétry qui m’avait envoyé commenter un match tout seul pour L’Équipe du Dimanche. Et depuis ce jour là ça n’a jamais arrêté … Des Copa America, des Coupes d’Afrique, des Coupes du Monde, Ligue des Champions, championnat d’Angleterre, de France, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne, des Pays-Bas … C’est tout ça qui va me rester en mémoire.

Gregoire MargottonAprès comme moment particulier, j’ai eu la chance de commenter un match qui n’a d’ailleurs pas été diffusé en direct, ce qui était d’autant plus agréable, c’était la finale de la Ligue des Champions de 2005 entre l’AC Milan et Liverpool à Istanbul (TF1 diffusait le match en direct pour une rediffusion sur Canal+ à minuit, ndlr). C’est un match qui pour moi était extraordinaire et qui va rester gravé toute ma vie dans ma mémoire. J’étais en plus avec Aimé Jacquet, qui est un homme que je respecte profondément, et on était comme deux gosses à la fin de la soirée comme tout les gens qu’on croisait à Istanbul. Et moi étant de Liverpool, étant tombé amoureux de cette ville et de ces gens durant l’année que j’ai passé là-bas, j’étais particulièrement touché du scénario de ce match là. Après il y a d’autres matches, comme le 5-5 entre Lyon et Marseille à Gerland en 2009, la veille de mes 40 ans, qui n’était pas désagréable non plus. Quand j’ai un petit coup de mou, je vais sur YouTube et je me le refais ! (rires) Ça fait du bien, ça m’arrive même assez régulièrement. Avoir été en Angleterre également, suivre Cantona et obtenir une interview exclusive alors qu’il n’avait pas parlé depuis un an après avoir galéré toute l’année pour avoir cette interview, c’était un bonheur. Après y’a plein d’autres choses, j’ai commenté du basket, de l’athlétisme … Donc oui effectivement commenter un All-Star Games de basket à San Antonio au Texas en 1994 ou 1995, et d’avoir été deux jours avant dans une salle avec 10 personnes et Michael Jordan qui s’entraîne tranquillement, c’est marquant aussi. Y’en a des tas des moments comme ça. Commenter le 100 mètres de Usain Bolt en 9’’59 à Pékin aux JO c’était particulier aussi. Le plus récent, c’était bien sûr la finale de la Ligue des Champions à Lisbonne entre le Real et l’Atlético. Je peux vous en faire trois heures si vous voulez ! (rires)

Aujourd’hui, vous êtes monsieur Ligue 1 sur Canal +. Est-ce que commenter en France est pour vous un privilège géographique ?

Non, ce n’est pas forcément un privilège. Ça le devient quand on a un peu plus de quarante ans, des enfants et que ça fait vingt ans qu’on n’a aucun week-end, le fait de ne pas forcément partir à l’étranger et de faire des déplacements importants c’est moins fatiguant. Mais le privilège c’est surtout d’être tous les dimanches à 21h sur Canal+. Même si c’est pour des Guingamp-Metz l’année prochaine, moi ça m’intéresse autant qu’un PSG-Monaco. Je prends autant de plaisir à me retrouver à discuter avec Jocelyn Gourvennec que d’arriver au Parc des Princes et de voir Zlatan Ibrahimovic, pour moi c’est exactement la même chose. C’est même plus intéressant de discuter avec Gourvennec ! D’autant qu’aujourd’hui, être plus ou moins proche des joueurs du Paris Saint-Germain est devenu impossible.

Le football a eu quelques très grandes voix, vous considérez vous parmi celles la ?

Moi ?

Oui, vous !

Mais vous rigolez ! Moi je ne suis rien du tout. On me le dit mais je ne pense pas à ça une seule seconde. Je suis très heureux quand les sondages me placent dans les commentateurs les plus côtés, mais ça veut pas dire que je suis meilleur que les autres ou que je suis encore là pour vingt ans. Moi je prends mon métier saison après saison, je ne sais pas de quoi mon avenir va être fait, je ne sais même pas si je serais là le 9 août pour commenter le premier match de la saison ! Après vous me dites que je suis une voix, j’entends les gens me dire qu’ils m’ont reconnu à ma voix, comment voulez-vous que je m’en flatte alors que ce n’est que ma voix ? Vous voyez ce que je veux dire ? Ce n’est que de la génétique ! C’est merci mon père et merci ma mère (rires). C’est grâce à eux que j’ai cette voix là. Donc voilà quand on me dit ça je suis très heureux mais moi dans la vie je ne voulais surtout pas devenir Thierry Rolland à commenter des matches à 55 ans. Avec le recul, je me dis pourquoi pas … Si Canal veut encore de moi un moment, je fais un métier qui me passionne. J’ai déjà présenté des émissions en studio mais ce n’est pas mon truc. Je préfère être derrière un micro et essayer de transmettre aux gens un moment, une ambiance, j’aime décrire les choses.

En ce qui concerne la voix de la Ligue 1, non … Ce n’est plus possible. Quand il y avait un ou deux commentateurs à la rigueur pourquoi pas mais aujourd’hui il y a vingt-cinq chaines de sport, quarante commentateurs qui ont entre trente et cinquante-cinq ans et je fais seulement partie de ce groupe là.

Si vous ne vous considérez pas comme un grand, y’en a-t-il qui font tout de même partie de vos références ?

Oui, mais là aussi il y a voix et voix. En terme de ton, je n’ai jamais voulu m’inspirer de quelqu’un. Quand j’étais gosse, j’écoutais Thierry Rolland, mais je vous avoue que souvent il m’énervait, Thierry ! C’est pas forcément non plus un modèle … Thierry Gilardi, j’ai vécu à côté de lui, mais ce ne sont pas non plus ses commentaires qui m’ont influencé, c’est sa façon de travailler, sa façon de vivre, sa façon d’être sans doute, c’est en ça qu’il m’a réellement influencé. Sinon, je ne me suis pas inspiré directement d’autres, je n’ai pas cherché à travailler particulièrement un style. J’ai du prendre partout et ensuite essayer de faire ma sauce. Pas forcément dans le foot d’ailleurs puisque j’adorais Bernard Père, qui commentait le basket sur France Télévisions. Je trouvais qu’il avait un ton, qu’il était élégant, respectueux du sport et des sportifs. Je tire également beaucoup d’inspiration et j’ai de l’admiration pour certains de mes confrères, pas forcément à la télévision mais aussi à la radio, à la presse écrite. J’ai beaucoup d’admiration pour des gamins comme ceux qui vont à l’étranger pour le Petit Journal … Moi, si je pouvais arriver aujourd’hui à Canal, c’est leur métier que j’aimerai faire.

Mais encore une fois, je n’ai pas eu un modèle en particulier. Peut-être qu’en m’écoutant certains se disent que j’ai pompé sur untel ou untel, mais j’en ai pas vraiment l’impression. Et surtout, j’espère n’être un modèle pour personne ! (rires) Je rigole bien sûr, c’est vrai que c’est flatteur quand des gamins qui arrivent à Canal viennent pour me demander des conseils, je suis très heureux de leur partager mon expérience. Ce sera peut-être ma prochaine vie d’ailleurs, après avoir été journaliste je serais peut-être prof comme mes parents. Ça me titille d’aller enseigner.

Entre deux grands matches, Grégoire Margotton se fait shooter pour SURFACE Magazine. Vu sa tête, il a aussi du leur faire le remake de Lille-Marseille.
Entre deux grands matches, Grégoire Margotton se fait shooter pour SURFACE Magazine. Vu sa tête, il a aussi du leur faire le remake de Lille-Marseille
Quand vous voyez la ferveur de certains commentateurs espagnols ou latino-américains, ou même la ferveur autour du football tout court, vous ne trouvez pas que les commentateurs français manquent un peu de folie ?

C’est pas notre culture … et je trouve ça pas plus mal à la limite. On dit que les français n’ont pas de culture sportive, footballistique, c’est faux. Ils en ont une, mais bien différente de celle des espagnols. Et surtout elle a évolué beaucoup en France depuis dix-quinze ans. On se rapproche un peu d’eux dans la façon de traiter le foot, dans la façon d’en parler, d’analyser en permanence à la radio, à la télévision, dans les journaux. Les espagnols sont comme ça depuis des années. Moi j’avoue que ça me fait sourire quand j’entends le commentaire espagnol du but d’Iniesta contre Chelsea il y a trois quatre ans … le mec tombe fou. Il tombe complètement fou ! « Pour la vie, pour la Champion’s League, pour l’Espagne, pour le Barça, je t’aiiiiime », c’est exceptionnel ! Mais jamais je ne commenterai comme ça. J’ai déjà l’impression de beaucoup crier par rapport aux commentateurs français habituels ! Je ne criais pas comme ça avant (rires). J’ai l’impression qu’on doit faire vivre l’action quand c’est vraiment dangereux, vraiment intéressant, mais on n’est pas dans une culture où on vend du vide. S’il ne se passe rien, si ce n’est pas bon, on ne va pas vous dire que c’est la finale de la Coupe du Monde, que Pelé va rentrer et qu’il va mettre un but de quarante mètres. On ne peut pas faire ça en France mais c’est bien, on est au milieu, dans un entre-deux entre l’Espagne et l’Allemagne. Les Allemands sont très très économes en mots. J’ai passé une Coupe du Monde en 1982 en Allemagne à l’écouter commentée par des allemands et c’est très peu de mots, y’a pas de consultants, on ne concevrait pas ça comme ça en France mais je trouve ça pas mal aussi. Mais si vous voulez, moi, j’aime les changements de rythme, j’aime la surprise.

Il m’arrive de m’enflammer, puis de me calmer au bout de dix secondes et de me dire « mais qu’est-ce qu’il t’a pris de leur casser les oreilles comme ça ? » (rires). Ça m’est arrivé il y a deux ans avec le but de Hazard à Marseille. Christophe Dugarry est en train de parler tranquillement, frappe de trente mètres, et au bout de deux mètres de frappe je coupe Christophe, je dis « Oh la frappe », et derrière ça fait but. Christophe se tait évidemment et là … je pars dans un délire ! (rires) Je crie comme un cochon qu’on égorge, et j’ai honte … au bout de dix secondes je me dis « tais toi, tais toi ». Malheureusement ou heureusement, j’ai une voix qui me permet de gueuler (rires). J’ai deux cordes vocales hyper solides, j’ai jamais fait d’extinction de voix, et j’arrive à gueuler. Quand le Petit Journal a fait une caricature de moi, ils n’ont pris que les moments ou je gueulais et je suis considéré un peu comme un gueulard. Mais je n’aime pas le côté gueulard en permanence. L’équilibre français est pas mal, on ne peut pas tout le temps crier, tout le temps vendre n’importe quoi. J’aime quand tout d’un coup on est surpris, que la voix revient, quand on accompagne une action, quand on suit l’image, parce que c’est ça la télévision : c’est l’image, pas le commentaire. Donc quand Lucas part à cinquante mètres du but, en élimine quatre, s’en va marquer le but de l’année et que ça s’arrête, oui je crie (rires)

Je vais regarder la Coupe du Monde sur BeIN et sur TF1 comme le français moyen, avec des copains, et je vais consommer du foot comme je le faisais il y a vingt-cinq ans avant d’en faire mon métier.

Aujourd’hui, l’actualité de Canal+ est très étroitement liée à celle de BeIN Sports. Que pensez-vous de la polémique autour de ce que certains qualifient de concurrence déloyale autour de la répartition des droits ? Et si l’opportunité venait à se présenter, seriez-vous intéressé par cette aventure dans laquelle beaucoup d’anciens collègues ont embarqué ?

Moi j’ai refusé dès le départ l’aventure avec BeIN, donc je ne vais pas y aller maintenant (rires). En tous cas pas dans l’immédiat. Déjà parce qu’ils ne viendront pas me chercher, ils l’ont déjà fait une fois et ils ne reviendront pas parce que je pense qu’il n’y a pas de place pour moi actuellement et qu’en revanche j’ai une place qui me comble de bonheur à Canal. J’ai une liberté d’esprit, de conscience et de parole que je n’aurai sans doute pas ailleurs, et ça n’a pas de prix. Donc le sujet à ce niveau là, il est clos. Il se trouve que je connais très très bien BeIN et tous ceux qui y travaillent, ce sont souvent des amis. Et comme je ne suis pas un jaloux et un méchant de nature je leur souhaite plein de réussite, tout simplement. Je pense qu’ils prennent beaucoup de plaisir parce qu’ils ont une très grande offre de sport donc beaucoup de matches, de déplacements à faire. Après la polémique a eu lieu, mais je pense que la répartition des droits l’a calmée pour longtemps et qu’il y a de la place pour tout le monde. On a fait beaucoup de choses, on fait toujours beaucoup de choses, on se concentre à Canal sur la « crème » depuis quelques années et ce sera toujours le cas en Ligue 1 et en Ligue des Champions pendant au moins cinq ans. Je crois que tout ça est très complémentaire aujourd’hui, qu’un équilibre a été trouvé, et que le fan absolu de sport et de foot aura les deux de toutes façons. Et puis celui qui ne veut pas forcément la quantité mais que la qualité gardera Canal. Peut-être qu’il optera au coup par coup pour l’un ou pour l’autre, mais en tous cas il y a vraiment de la place pour les deux et je leur souhaite la même réussite que nous avons. Aujourd’hui mine de rien Canal va bien, ce qui n’a pas toujours été le cas ces vingt dernières années.

La Coupe du Monde au Brésil débute dans une semaine, et ce ne sera pas sur Canal : déçu ?

C’est pas de la déception, du tout … c’est juste de la tristesse (rires). De la tristesse pure et simple non pas parce que je ne commenterai pas de matches, j’en ai commenté et j’en commenterai d’autres, mais juste la tristesse de ne pas pouvoir être au Brésil pendant cette Coupe du Monde. Ça m’aurait énormément plu. J’ai longtemps hésité à y aller avec des copains pour le plaisir, je ne l’ai finalement pas fait parce que je n’ai plus vingt-cinq ans et que j’ai des enfants, donc tout n’est pas possible, mais j’aurai aimé y passer deux-trois semaines, oui. Mais c’est la même tristesse que celle de ne pas être allé aux JO de Londres alors que Canal avait fait les JO depuis Barcelone … Mais on ne peut pas tout avoir, et je vais regarder la Coupe du Monde sur BeIN et sur TF1 comme le français moyen, avec des copains, et je vais consommer du foot comme je le faisais il y a vingt-cinq ans avant d’en faire mon métier. Ce n’est pas désagréable, ça fait du bien. L’autre jour je matais France-Norvège avec mon fils et c’était très sympa.

Grégoire Margotton et Vincent Radureau : compères, complices, ils sont arrivés le même jour à Canal + et n'en sont jamais partis.
Grégoire Margotton et Vincent Radureau : compères, complices, ils sont arrivés le même jour à Canal + et n’en sont jamais partis.
Quels sont vos pronostics pour cette Coupe du Monde ?

Le Brésil est favori, je pense. En espérant qu’ils n’auront pas trop la pression de leur pays et qu’il n’y aura pas de gros incidents durant la compétition parce qu’on est quand même dans un pays qui souffre. Après les autres, je sais pas. Je ne sais pas si l’Espagne est capable aujourd’hui de s’élever au niveau d’il y a quatre ans. L’Allemagne, c’est un grand point d’interrogation. C’est un coup sur deux avec eux. C’est une équipe dont je ne suis pas fan historiquement mais je les sens bien ce coup-ci. Après ne me demandez pas pourquoi, mais j’ai une petite intuition à deux balles sur l’Italie. Je mettrai un billet sur eux. J’aime beaucoup le sélectionneur, Cesare Prandelli. C’est un homme attachant que je respecte beaucoup. Quant à l’équipe de France, gros point d’interrogation aussi. Le seul qui n’a pas de point d’interrogation au dessus de la tête pour moi c’est Didier Deschamps. Je suis comme vous, j’ai un peu de mémoire, un peu de connaissance du foot (merci vieux ! ndlr) et je sais que Deschamps est quelqu’un qui réussit et je ne serais pas étonné qu’il réussisse quelque chose. Et franchement de là où on vient, finir premier du groupe en serait déjà une vraie, ce qui permettrait peut-être de jouer le Nigéria ou la Bosnie en huitièmes et donc de pouvoir accéder aux quarts. Si on arrive en quarts, la Coupe du Monde est déjà réussie pour Deschamps. Mais pour l’instant, voyons comment se passent les premiers matches, les premières semaines. Le gagnant sera soit le Brésil, soit deux trois équipes européennes en mesure de l’emporter mais pas plus. Pas les Pays-Bas, pas l’Angleterre, mais l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne pourquoi pas. D’ailleurs je vous en donne quatre c’est déjà beaucoup trop !

La question de la fin : vous confessiez tout à l’heure être un amoureux de Liverpool : qu’avez-vous pensé de la saison des Reds ? Luis Suarez va-t-il partir selon vous ? 

Je ne pense pas qu’il partira cet été. J’espère pas pour Liverpool en tous cas. Mais ils ont les moyens de le retenir de toutes façons, ce n’est pas un petit club. Si les américains décident de mettre de l’argent pour garder Suarez ils le feront. Il y a la Ligue des Champions qui est un vrai argument aussi, et peut-être dans l’esprit de Suarez l’idée que le titre est accessible pour l’année prochaine. Il va peut-être patienter, jouer sa coupe du monde, voir les renforts de l’équipe … mais j’espère qu’il va rester parce que Liverpool est un très grand club.

Sur le match à Crystal Palace, où ils mènent 3-0 et se font reprendre, j’ai juste pleuré. J’ai regardé le match en entier, ce qui ne m’est pas arrivé souvent cette saison, et j’ai pleuré. C’était absolument horrible. Je souffre depuis longtemps du fait que Liverpool ne soit plus dans la course au titre. Ils étaient champions quand j’y étais, vous imaginez … Ça ne m’empêche pas d’aimer d’autres équipes parce que j’aime l’Angleterre au sens large, j’aime le football anglais, je me suis beaucoup attaché à Manchester United de par mon parcours avec Canal. Je suis fan de Ryan Giggs depuis 1992 et ce n’est pas parce qu’il joue à Manchester et pas à Liverpool que je ne vais pas l’aimer. Je n’aime pas qu’un seul club, je n’ai jamais été fondamentalement supporter. Mais cette année Liverpool m’a vraiment soulevé le cœur, m’a donné du bonheur, le jeu surtout m’a fait très plaisir et cette fin m’a beaucoup attristée. Surtout que s’il y a un club dont je ne suis pas fan, c’est City ! (rires) Je les aimait quand ils jouaient à Maine Road en D2 anglaise, je les adorais quand c’étaient des loosers magnifiques. Depuis qu’ils sont dans ce stade qui ne ressemble à rien, je suis pas fan de ce club.

Crédits photos : Gentside, En Pleine Lucarne, SURFACE

Mille mercis à Grégoire Margotton et à W. Prevost pour cette interview. Si vous en avez la curiosité, allez donc sur YouTube voir le résumé de Marseille-Lyon, le but de Hazard et le rush de Lucas avec les commentaires de Canal +. Croyez-moi, ça prend une toute autre dimension une fois qu’on a lu ça. Et refaites-vous aussi les commentaires en espagnol du but d’Iniesta contre Chelsea, ça mange pas de pain et c’est à mourir de rire.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here