A la belle époque de Joga Bonito, Eric Cantona qualifiait le football de « noble art  ». C’est vrai que la sueur, l’herbe, les tacles à la gorge, les grimaces de douleur, la souplesse et la grâce bien connues du footballeur, sur le papier c’est drôlement artistique. Mais heureusement, pour capter le plus beau de ce monde de brutasses, il existe des gens comme Elisa Parron. L’art, elle le connaît bien, puisqu’elle le pratique au quotidien en tant que photographe. Mais attention, pas n’importe où : amatrice de football, elle étoffe son CV du côté du Parc des Princes, en collaboration étroite avec le Paris Saint-Germain. Le 22 janvier, elle exposera d’ailleurs ses plus beaux clichés des champions de France à l’occasion d’un évènement organisé par le club de la capitale. L’occasion de découvrir une demoiselle qui s’accroche à ses objectifs (#doublesens) et s’extrait des clichés pour mieux en prendre. Et pas des moches. 

Quelle fan de football es-tu ? Comment en es-tu venue à atterrir dans cet univers ?

En fait mon papa était footballeur au Lausanne Sport quand il était jeune, en première division suisse. Il a dû arrêter parce qu’il s’est blessé mais il est resté passionné de foot et j’ai pu regarder les matches avec lui quand j’étais petite, j’ai toujours été baignée là dedans en fait. Après j’ai commencé à m’y intéresser et à aimer ça par moi-même et quand j’ai commencé à faire de la photo, naturellement je me suis dit « pourquoi pas essayer de faire du sport » ! Comme j’avais deux-trois potes qui étaient footballeurs dans des clubs suisses, je me suis dit « cool, je vais essayer de les shooter » mais à la base c’était plus pour eux, pour leur donner de belles photos d’eux sur le terrain. Puis après voilà petit à petit j’ai commencé à shooter des plus gros clubs et maintenant bah … je suis au PSG ! (rires)

Mais du coup quand tu t’y es sérieusement mise, c’était par passion du football ?

Bah en fait pas vraiment … Quand j’étais à l’école de photo, j’ai toujours voulu faire du portrait ou de la mode, pour moi c’était le meilleur des trucs à faire dans la photo. Et puis finalement comme c’était une période de ma vie où j’étais vachement avec mes potes footballeurs, c’est un peu venu comme ça. J’ai fait le tour des clubs suisses en disant que j’étais dans une école d’art et que je voulais venir shooter des matches pour me faire de l’expérience. Ils m’ont dit oui, et après c’est venu assez mécaniquement. Quand mes potes ont su que je voulais faire de la photo sportive, ils m’ont dit de commencer par les petits clubs, mais non ! Moi je visais les grandes équipes. Et tu vois le premier match que j’ai fait, c’était à Sion, y’avait Gattuso ! J’ai fait une super photo de lui d’ailleurs. J’ai adoré, c’était vraiment trop bien, surtout que j’avais l’impression que ça pouvait être le dernier parce que je ne savais pas si j’aurai le droit de recommencer. Du coup j’ai fait mille photos, j’étais trop dans mon truc, j’étais à fond, mes photos étaient trop réussies, j’étais hyper fière de moi. Et j’ai tellement kiffé que j’ai tout fait pour continuer et pendant un an j’ai fait quasiment le tour des clubs suisses.

Aujourd’hui avec le recul, l’expérience, qu’est-ce que tu trouves de beau à capturer dans le foot ? En quoi ça t’intéresse, en tant qu’objet photographique ?

En fait … Je vois autour des terrains les photographes de sport, qui ont des énormes appareils photo hyper chers, mais eux ce qu’ils doivent faire c’est prendre l’action, faire de la photo journalistique. Moi c’est différent. Déjà j’ai pas leur matériel, c’est des trucs qui coûtent 10, 15 000 euros alors que moi je louais mon matos à l’école, c’était le minimum. Du coup je me suis toujours dit que je voulais faire des photos esthétiques des joueurs. C’est dur parce que quand tu fais du sport, t’es pas vraiment au meilleur de toi, tu fais des têtes un peu bizarres, et moi j’ai toujours voulu faire justement de belles photos. Après j’ai des photos où il y a de l’action mais en général, c’est plutôt esthétique et ça je le dois justement à mon école d’art. J’ai pas cette approche de journaliste, la photo doit pas apporter une information en particulier elle doit juste être belle.

Après ta petite histoire avec les clubs suisses, t’es passée aux choses sérieuses : en 2013 t’as travaillé avec l’équipe du Brésil, comment ça s’est passé ?

En fait quand j’ai commencé à travailler sur le foot, j’ai fait les trois gros clubs suisses francophones : Genève, Lausanne et Sion. J’allais à Genève tous les week-ends pour les matches et il se trouve que le club partage des bureaux avec l’UEFA, et y’a des gars de l’UEFA qui m’ont vu prendre des photos et qui m’ont demandé de leur envoyer ce que je faisais par mail. Du coup je leur ai envoyé, et ils m’ont expliqué qu’ils organisaient un match amical entre le Brésil et l’Italie, en Suisse, dans ce stade de Genève. Et ils cherchaient quelqu’un pour faire des photos pour les sponsors pour un magazine qu’ils distribuent aux VIP, il m’a demandé si ça m’intéressait … Sur le coup je me suis dit : TROP-BIEN ! (rires) On s’est rencontrés et il m’a dit tout simplement que je devrais être là aux entraînements, au match, pour prendre des photos et notamment des photos avec les panneaux publicitaires, vu que c’était pour les sponsors. J’ai dit que tant que je pouvais faire mes photos en parallèle, c’était bon. Le Brésil est venu une semaine avant le match et toute la semaine ils s’entraînaient devant moi … Et du coup j’ai fait des connaissances là bas : j’ai rencontré des journalistes brésiliens, des photographes, et je me suis super bien entendu avec un en particulier qui les suit partout, qui connaît toute l’équipe, qui connaît l’entraîneur. A un moment il appelle l’entraîneur, limite il lui crie dessus, il lui dit « viens là ! » et l’entraîneur arrive, moi je le connaissais pas du tout mais il a regardé mes photos. Il a dit que c’était de la bombe.

Et t’as pu retravailler avec eux après ?

Bah je suis toujours en contact avec eux, mais c’est un peu compliqué de faire quelque chose parce qu’ils sont au Brésil quoi. Pour l’instant, je me dis « chaque chose en son temps » : ça fait déjà très beau sur le CV de dire que je travaille avec le PSG, je veux pas bousculer les choses. Après c’est vrai que j’aimerai bien plus tard travailler avec le Barça par exemple.

Et avec le PSG justement, comment ça s’est passé ?

Grâce à la photo de scène, aux concerts que je faisais, je venais de plus souvent en France et particulièrement à Paris. A cette époque, j’étais pas mal avec le S-crew, j’ai fait la première partie de leur tournée et j’étais vachement sur Paris à ce moment là, j’habitais chez une copine et je me disais que ça me manquait vachement de prendre des photos de sport ! Je faisais que de la scène. Entre temps j’avais fait quelques photos de tennis, mais pour moi le foot ça reste le mieux. Du coup je me suis renseigné, je suis allé sur leur site pour trouver un mail mais bon sur ce genre de sites les mails qu’ils te donnent généralement t’envoie un message et ça reste sans réponse. Du coup j’ai parlé avec un journaliste brésilien, que j’avais rencontré à l’époque, et je lui ai demandé s’il avait pas un contact au PSG et il m’a donné une adresse. J’ai envoyé un mail, cette personne m’a redirigée vers le responsable du pôle médias du PSG qui s’appelle Anthony Baca. Il m’a répondu le lendemain en me proposant de venir au prochain match, pour faire un essai. Du coup j’y suis allé, j’ai envoyé mes photos, et en fait il m’a expliqué qu’il était en train de mettre en place un truc qui s’appelait « Carte Blanche » où justement il permettait à des photographes de venir faire des photos différentes du PSG, pour les publier sur le site. Il m’a proposé d’y participer, du coup j’ai fait pas mal de matches.

Et justement le 22 janvier le PSG ouvre une expo qui est la suite du projet Carte Blanche. Ils ont choisi les meilleures photos, de plusieurs photographes même s’ils n’ont pas tous été retenus. Ça reste un mois, tout est préparé par le club. Je suis contente, c’est ma première expo ! Ils m’offrent vraiment une vitrine toute prête.

Et tu as prévu de retravailler avec eux après ça ?

Ouais certainement ! Anthony Baca aimerait justement que je fasse plusieurs choses pour le site internet, des photos de merchandising notamment même si c’est moins marrant, ou par exemple les shooting des joueurs quand les nouveaux maillots sortent, des trucs comme ça. Mais ça c’est pas régulier. Au delà de ça, je peux aller au stade quand je veux pour shooter. Là en ce moment je suis assez occupée, avec les concerts et tout donc j’ai un peu mis le PSG de côté mais c’est sûr que je vais y retourner, ouais.

Et t’as des contacts avec d’autres clubs ?

En France, pas du tout. Je connais bien André-Pierre Gignac, de l’OM, je l’ai rencontré en Suisse quand ils étaient venus avec l’OM faire des matches amicaux de pré-saison contre Sion, mais sinon je connais personne. Après pour le reste, j’ai vraiment envie de retravailler avec le Brésil mais les autres clubs j’y connais rien. En fait, je connais mais comme une femme connaît le foot quoi : je suis pas du tout une experte, je connais pas plus que ça. Ça reste de la photo, et surtout il faut que je prenne en photo des joueurs qui ont de l’intérêt. Plus le joueur est connu, plus ça va être regardé. C’est pour ça que je vise le PSG, le Barça, c’est des clubs que je connais et que j’aime et avec lesquels je suis sûre que je peux faire des photos qui vont plaire aux gens.

Tu parlais tout à l’heure des photographes sportifs, avec leur gros matos et tout, est-ce que c’est quelque chose que tu te verrais faire ?

Pas du tout. Déjà j’aime pas trop le fait d’être affiliée officiellement à un truc : même si c’est magnifique de travailler avec le PSG, j’aimerai pas être officiellement photographe du club, je reste libre dans ce que je fais. Je ne voudrais pas être limitée dans ce que je fais. J’ai la chance de pouvoir encore faire ce qui me plais et de ne pas être obligée de faire que des choses qui vont me rapporter de l’argent. Alors c’est vrai qu’au début, je voulais un vrai contrat avec le PSG, qu’on me propose quelque chose de concret, mais le club m’a dit qu’ils avaient déjà leur photographe et que pour des raisons de budget ils ne pouvaient pas faire n’importe quoi à ce niveau là. Non pas que le PSG n’ait pas d’argent mais avec le fair-play financier ils m’ont expliqué qu’ils avaient un budget très stric, très contrôlé pour chaque chose et qu’ils avaient le budget pour un photographe, etc. Ils peuvent faire appel à des photographes pour des choses différentes mais le contrat de photographe officiel, il n’y en a qu’un et il est là depuis mille ans (sic). Après il y avait une place pour retoucher les photos … Moi j’aime bien ça la post-prod, je le fais avec mes photos, mais il n’y a plus rien de créatif quand tu ne fais que ça.

Quand on s’intéresse de plus près à ton travail, on remarque que tu touches vachement à des univers qui sont plutôt stéréotypés, plutôt masculins (le football, le rap, etc.) : est-ce que c’est une volonté de ta part d’imposer ta patte en tant que photographe et en tant que femme ?

J’ai envie de te dire oui mais c’est pas vraiment quelque chose de réfléchi, c’est un peu venu tout seul. Quand j’ai commencé la photo, je voulais déjà me démarquer et on nous avait bien expliqués dans notre école que, dans la photo, c’était essentiel de se démarquer parce qu’un photographe est aussi payé à sa notoriété. C’est un peu triste à dire mais si t’es personne dans la photo ça va pas intéresser les gens … Des mecs qui ont pas de noms peuvent faire des photos magnifiques et ne va pas être reconnu alors qu’un mec avec un grand nom et qui va faire des photos moins belles va quand même en tirer quelque chose. Donc moi quand j’ai commencé, je voulais aussi me démarquer dans le sens où je suis jeune, je suis une fille, donc je voulais toucher à ce genre de trucs. Le foot je l’ai choisi parce que j’aime le foot évidemment, le rap aussi j’écoute depuis toute petite, donc j’ai d’abord pensé à faire des choses que j’aimais moi mais aussi avec cette idée de détoner. Et aujourd’hui ça tourne à mon avantage parce que les gens me reconnaissent et reconnaissent mon travail ! Je suis la petite qui est là, qui a pas l’habitude, je me démarque un peu par rapport aux autres photographes et donc les artistes ou les footballeurs ou autres se souviennent plus facilement de moi. Après je suis d’accord avec toi … le foot, le rap, c’est un peu des trucs de bonhomme ! (rires) Mais d’un autre côté justement ça m’apporte tout de suite cette reconnaissance quand je veux travailler avec des gens : si je leur dit que je bosse avec le PSG ou avec IAM, ça sonne tout de suite mieux que si je dis que je travaille avec l’équipe féminine de Volley de machin … ça percute moins.

Et justement en parlant de sport féminin, est-ce que tu pourrais faire le même travail que tu fais aujourd’hui avec le PSG avec des féminines ?

Bah oui, bien sûr ! D’ailleurs c’est quelque chose que je voulais voir avec mon patron du PSG, si c’était possible de travailler avec l’équipe féminine. Ne serait-ce que pour avoir des photos ! Mais après encore une fois dans l’histoire, il faut toujours faire des choses qui intéressent le plus possible les gens et malheureusement, le foot féminin c’est pas super intéressant pour le grand public. Alors bien sûr pour moi, pour mon expérience je trouverai ça cool mais je ne m’attarderai pas là-dessus je pense.

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