Mêler social et football dans un même sujet ? C’est possible et cela semble même plutôt logique. On ne peut alors qu’être curieux quand la chaîne TV Rennes propose de diffuser Sport de filles, un film retraçant le quotidien d’une équipe de jeunes bretonnes à travers leur passion commune pour le ballon rond. Xavier Champagnac, co-réalisateur, a accepté de revenir avec nous sur ce documentaire, un moyen de parler foot tout en questionnant plus profondément la place des femmes dans le sport et la société en général.

Tout part de l’idée de deux réalisateurs, Xavier Champagnac et Emmanuel Mathieu, fans de foot de la première heure, et de leur projet de s’associer autour d’un documentaire. « Le football est très cinématographique, explique Xavier Champagnac. C’est une aventure humaine, un creuset ou se mélangent émotions et sentiments. » Ce n’est donc pas pour rien que les deux compères se sont tournés vers le Cercle Paul Bert Bréquigny, la meilleure équipe de foot féminin de Rennes, pour réaliser un projet mêlant aspects sportifs et thèmes sociaux. En est né « Sport de filles  », un documentaire sur le sport féminin qui rend aussi compte de la vie d’un groupe de jeunes femmes, aux portes de l’âge adulte, là où « la frontière entre l’adolescence et l’age mûr est poreuse ». Sans prétention particulière, ils se donnent alors, pour belle ambition, d’esquisser « le portrait de certaines femmes à travers le prisme du football ».

Deux amis, une caméra, et un groupe de filles le temps d’une saison

Il aura fallu plus d’un an auprès de l’équipe du CPB Bréquigny pour que les réalisateurs concrétisent leur projet. Un an au cours duquel, explique Xavier Champagnac, ils ont obtenu la confiance des joueuses afin de suivre « leurs entraînements, leurs matchs, la vie des vestiaires, les accrochages, disputes, encouragements, joies et peines ». Il faut dire qu’avec le niveau des filles, il y avait matière à filmer ! Amateures « confirmées et engagées », elles ont une exigence sportive intransigeante. Elles jouent en effet en DH, le meilleur échelon avant d’être professionnelles et, avec leurs trois entraînements par semaine et les gros déplacements pour les matchs du week-end, toutes rêvent d’accéder à la deuxième division. « C’est tout l’enjeu de la saison, leur obsession, leur objectif commun » la récompense possible d’un investissement quotidien, soulignent Xavier Champagnac et Emmanuel Mathieu.

C’est cet amour omniprésent pour la compétition qu’ils ont voulu filmer. Car, même s’ils apprécient être assis à côté du juge de touche ou sur le banc avec le staff et les remplaçantes, les réalisateurs n’ont pas voulu se limiter au bord du terrain. « Au fil du temps, une confiance et une entente mutuelle s’est créée et elles nous ont accepté dans l’intimité de leur monde clos […] ; premiers supporteurs et nouveaux “coéquipiers”, nous faisons partie de l’équipe, » se réjouissent-ils. D’une manière toujours respectueuse et attentive, les réalisateurs se sont alors glissés dans la vie privée des jeunes femmes : ils accèdent aux vestiaires, participent aux trajets qui mènent aux matchs, sont présents lors des soirées organisées dans les petits appartements ou partagent un sandwich le temps d’un pique-nique.

Les joueuses n’ont, bien sûr, pas toutes accueilli le projet de la même façon, mais cinq à six coéquipières y sont restées fidèles tout au long de la saison. Ce noyau solide a permis de rendre compte de l’esprit du football au féminin tout en laissant émerger « des personnages forts et singuliers », donnant au documentaire un caractère très humain. Vie de tous les jours et vie sur le terrain s’affichent à l’écran, deux types d’intimités traduits de manière simple et spontanée.

Un regard footballistique sur le « passage à l’âge adulte »

Une équipe, une cohésion autour d’un sport, d’une passion. Rassemblées par le ballon rond, les filles se ressemblent aussi dans leur mode de vie. Elles ont une vingtaine d’années, « elles sont à la porte de l’âge adulte, de leur vie de femmes », rappelle Xavier Champagnac,  et doivent concilier sport, début d’une vie professionnelle et vie privée tumultueuse. Parce que 20 ans, c’est aussi l’âge où on se pose des questions, où on parle d’amour, où on le vit. C’est le cas de Guenaëlle, par exemple, qui aimait les garçons et est tombée amoureuse de Corentine, une de ses coéquipière du CPB Bréquigny. « Pas si facile à assumer mais pour cette génération, on tombe amoureux d’un garçon ou d’une fille, quelle importance ! », s’exclament les réalisateurs.

Le foot apparaît donc comme un moyen, plus profond, de dévoiler les multiples facettes de jeunes femmes d’une même génération dans notre société contemporaine. Loin du jugements, les réalisateurs se refusent de tomber dans l’analyse sociologique et préfèrent regarder les protagonistes « vivre [dans] leur quotidien fragile, toujours en mouvement ». Autour du foot, «  Sport de filles » cherche alors à arborer un volet social, mettant en avant des personnalités touchantes : elles veulent « arracher leur rêve et on en a envie avec elles ».

Des clichés mis à mal, un documentaire aux allures féministes ?

Leur rêve, c’est aussi celui de la reconnaissance, celui de davantage d’égalité. Ce sont des filles qui, auprès d’un personnel « manquant cruellement de mixité », se battent afin qu’une structure féminine autonome se mette en place, afin que l’on porte autant d’attention à leur équipe qu’à celle de leurs homologues masculins, qu’elles puissent recevoir des primes de match comme ces derniers ou, tout simplement, se vêtir de maillots neufs plutôt que de récupérer les anciens des garçons.

Même si « l’ensemble du staff est bienveillant, impliqué, proche des joueuses, il est, parfois, inconsciemment maladroit » révèle Xavier Champagnac, contribuant alors à la survivance des discriminations. « Les clichés perdureront toujours et c’est bien dommage » se désole d’ailleurs Félicie, une des membres de l’équipe.

Il est vrai que les femmes ont souvent du mal à trouver une place légitime dans le sport, et c’est d’autant plus difficile qu’elles se passionnent, ici, pour un sport « aux allures populaires et matchistes » précisent les réalisateurs. Mais le foot n’est, malheureusement, que le reflet de la société. « Si nous n’avions au départ aucune velléité de féminisme, le film a rapidement tendu à questionner le clivage hommes-femmes » expliquent-ils. Car, si ce documentaire raconte une quête de la victoire et du haut niveau, il souligne aussi un combat perpétuel pour une égalité et une autonomie plus grandes. Mettant à mal les clichés en transcendant les frontières du genres, les réalisateurs s’essayent à montrer l’affirmation subtile d’une « culture footballistique au féminin » et la formation d’une identité singulière. Xavier Champagnac décrit alors Sport de filles comme « un film sur des jeunes femmes d’aujourd’hui qui souhaitent leur indépendance, qui ne veulent plus de comparaison mais vivre leur passion et leur vie de femme, sans justification, affranchie et libre ». Une volonté qui pourrait se généraliser à l’échelle de la société et qui s’applique, sans aucun doute, à un large frange de la population. Dès lors, le message se cachant derrière ce documentaire revêt un caractère universel : « il fait écho à des problématiques actuelles et il nous semble important qu’il soit vu par le plus grand nombre ».

Alors, où est-ce qu’on le voit ?

Sport de filles a été diffusé mi-janvier sur la chaîne bretonne TV Rennes, et est disponible en replay sur leur site.

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